Je viens de terminer un très joli et intéressant
livre qu’un ami italien m’a conseillé, dont le titre est « Piccolo viaggio
nell’anima tedesca » (petit voyage dans l’âme des Allemands), écrit par
deux journalistes italiennes correspondantes d’Allemagne pour le quotidien
italien La Repubblica.
Parmi ces mots, il y a le très joli terme
« Zweisamkeit », qui signifie « la situation d’être à deux »
(« zwei » signifie deux), mais qui ressemble à
« Einsamkeit », qui veut dire « solitude ». On pourrait
donc traduire en français ce mot « solitude à deux ». On éprouve
normalement ce sentiment quand on vit en couple et que l’on est trèstourné vers
l’intérieur, surtout les premiers temps. C’est un sentiment très commun, et
très révélateur de la société allemande, pour laquelle, selon les mots des deux
auteurs (Vanna Vannuccini et Franca Predazzi), la relation de couple est souvent considérée plus importante que
celle entre parents et enfants.
J’ai considéré cette idée de solitude à deux dans
le monde de l’art contemporain et j’en profite pour vous parler des couples
d’artistes et de leur fonctionnement. De plus, au Musée Wallraf- Richartz de
Cologne se tient actuellement une exposition sur les couples d’artistes
célèbres, et ce jusqu’au 8 février 2009.
Dans l’histoire de l’art on connaît des couples d’artistes qui ont travaillé ensemble, souvent mari et femme et souvent un mari très célèbre et une femme beaucoup moins. Des exemples ? Amedeo Modigliani et Jeanne Hebuterne, Claes Oldenburg et Coosje Van Bruggen, Frida Kahlo et Diego Rivera, Niki De Saint Phalle et Jean Tinguely, Christo et Jeanne-Claude, Gilbert & George...
Gilbert & George, England, 1980
Parfois il s’agit de deux artistes qui se sont mariés ou d’un commissaire et d’un artiste. Le voisinage intellectuel et le sentiment d’intimité qui se crée entre ces deux figures est très fort, (j’oserais dire plus que dans d’autres boulots), c’est pourquoi un duo d’artistes qui forme un vrai couple dans la vie n’est pas chose de rare.
Parmi les duos d’aujourd’hui, je pourrais citer Lucy et Jorge Orta, Bernd et Hilla Becher, Petra Mrzyk et Jean-François Moriceau, Koroo, Masbedo, Goldiechiari, Pierre et Gilles, Vedovamazzei, De Rijke/De Rooij, Elmgreen & Dragset…
Deux photos « Cu-cu » de Goldiechiari me paraissent trés intéressantes. On y voit un portrait des deux artistes portant des passe-montagnes crochetés orange et rose. Ces images questionnent ironiquement soit le statut de l’artiste, proposant un portrait ludique et moqueur, soit l’actualité, notamment le terrorisme. Mais ici le passe-montagne, au lieu d’être noir, est coloré. Si vous voulez découvrir mieux le travail des ces deux artistes italiennes, lisez les textes contenus dans le pdf 100%No Genius.
Claes Oldenburg et Cosje Van Bruggen, Ago e filo, Milan, Place Cadorna, sculpture publique depuis 2000
Dans ces mini-collectifs, les rôles peuvent être
très précis et liés à la formation de chaque membre (c'est le cas par exemple
de Lucy et Jorge Orta), ou interchangeables, produisant des oeuvres où il est
impossible de repérer la main de l'un ou de l'autre (c'est le cas de Pierre et
Gilles). Ce moyen de fonctionnement me questionne toujours sur l'identité de
l'artiste, sur la paternité de l’œuvre, sur le processus de création et sur le
travail collectif en général. Etre en couple et signer des œuvres ensemble,
c’est peut être une façon de travailler où la dialectique, la discussion et le
partage sont les ingredients principaux de la recette finale.
