Dans le même livre dont je vous parlais dans mon dernier article, un mot décrit très bien un sentiment que les Allemands, intellectuels et non, ont par rapport à leur histoire. Ce long mot, « Vergangenheitsbewältigung », signifie « confrontation (bewältigung) avec le passé (Vergangenheit) ». Il s’agit d’un phénomène très enraciné dans l’âme et la culture allemande et qui fait directement allusion à l’histoire récente de ce pays et notamment à son passé nazi. En mai 68 en France on criait le slogan «Ce n’est qu’un début, continuons le combat! », aux Etats-Unis « Faites l’amour et pas la guerre », en Italie «Lotta dura, senza paura! » et en Allemagne les jeunes disaient qu’il fallait se méfier de ceux qui avaient plus que 30 ans, c’est-à-dire de la génération qui avait vécu pendant la guerre et qui était susceptible d'être nazi. Le très grand succès que ce système totalitaire a connu en Allemagne et la très faible résistance qu’il a rencontré a porté les autres peuples à croire que les Allemands devaient expier une faute, à cause de leur histoire. C’est pourquoi le passé nazi reste un tabou pour tous les Allemands, en premier lieu pour les politiques et les intellectuels.
L’artiste qui a le plus incarné cette relation de confrontation au passé de son pays s’appelle Anselm Kiefer. Il est né en 1945 à Donaueschingen (dans le sud de l’Allemagne) et il est aujourd’hui un des artistes les plus vendus au monde. Depuis 14 ans il habite dans un château à Barjac, dans le Gard, et il est représenté par les galeries les plus célèbres du monde entier.
Dans ses œuvres cohabitent des souvenirs de guerre, des sujets de la tradition littéraire allemande (la légende des Nibelungen) et des symboles cabalistiques. Il réalise des peintures et des installations souvent de très grands formats qui mettent en scène des villes et des mondes post-atomiques, des ruines, des images de désolation, avec des matériaux différents tels que la cendre, le sable, le ciment, le plomb, la terre… Il travaille aussi sur des installations monumentales, telles que les Tours Célestes qui se trouvent au Hangar Bicocca de Milan.
Dans la photo, vous pouvez voir une installation de cet artiste contemporain qui se trouve au Musée d'art Contemporain de Berlin, l'Hamburger Bahnhof. Il a réalisé une bibliothèque avec des étagères en acier et des livres en ciment, lieu de stockage d'une mémoire lourde et encombrante, pas facile à manier.
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