Claude Tousignant, Chromatic accelerator, 1968
Ça fait toujours plaisir d’écrire pour une nouvelle publication. Un peu le trac aussi. C’est comme un premier jour de rentrée. On appréhende : « Vais-je réussir à trouver les mots qui enchantent la jeunesse sans jamais l’effaroucher ?». C’est donc avec la motivation appliquée du jeune diplômé qui prend le chemin de son premier emploi que je me rendais sur le lieu d’où je devais prendre mon envol.
Car j’avais décidé de faire un gros coup, de prendre la pause avec un beau billet « from de l’autre cote de l’Atlantique ». Destination : le musée d’Art Contemporain de Montréal. Objet: l’exposition dont on a l’impression qu’elle est dans le metro tellement il y a des affiches partout. Rétrospective CLAUDE TOUSIGNANT ou « Le maître incontesté de l’art contemporain québécois ». Maintenant que je sais, relire cette appellation suffit à m’indiquer la blague.
Pour vous aider à mieux percevoir de ce dont il s’agit, fermez les yeux et plongez dans vos souvenirs jusqu’au moment où vous n’aviez encore jamais été touché par quoi que ce soit de contemporain. Vous y êtes? Maintenant, souvenez vous ce que pouvait évoquer ce gros mot : « ART CONTEMPORAIN », lâché sur une radio publique par un vieil hautain à lunettes. En général, ça provoque systématiquement une espèce de brouhaha floue ou « mise en abîme », « concept », « vide » commente des scènes désopilantes : des gens qui contemplent un mur blanc titré « neige dans l’infini », des personnes nues qui se frappent sur ARTE alors que c’est pourtant mercredi, le jour de la danse et puis le coup du carre vert (ou rouge) sur fond jaune (et vice-versa).
Et bien, ça existe en vrai.
Claude Tousignant, Les Taches, 1955
Dans un espace magnifiquement placé et à l’architecture de bunker en biais type Centre Bourse (les marseillais connaissent) remarquable, j’ai vu ce truc qui ne m’inspire, je suis désolé, qu’un seul commentaire : « Si c’est de l’humour, c’est costaud ». Petit retour historique: un jeune homme, au milieu des années 1950, a fini une école d’art. Il fait des traits puis des taches (« les taches »,1955). Il crée alors le mouvement tachiste (je vous jure !), puis « zut! » : il passe aux petits carrés. Et là, fin des années 60, c’est l’illumination : les ronds. Des grands ronds qu’il a le génie de peindre sur des supports…ronds. Enfin, il n’y coupe pas, vingt ans après tout le monde, il fait des immenses carrés qu’il associe (eheh : c’est un diptyque). Depuis vingt ans, au sommet de l’avant-garde, l’homme fait des immenses carrés avec un bord rond. Evidemment, le potentiel comique de l’installation transpire peu de cet article. La raison est simple : il manque des éléments, au premier rang desquels figurent les titres. Citons de mémoire le célèbre « Monochrome orangé » et les « Diptyques circulaires ».
Claude Tousignant, Double Céphéide mai -juin 1997, 1997
Pour parfaire cette opération qui provoquerait une fuite
urinaire à quiconque, il faut saluer
la collaboration des conservateurs Paulette Gagnon et Mark Lanctôt. Ce sont eux
en effet qui écrivent la légende
éclairant la visite et ainsi, lui donnent toute son essence. C’est certainement
là que règne le génie sans qui Claude Tousignant ne serait rien. Je vous invite
donc réellement à visiter le site du MAC de Montréal, pour profiter de cette
exposition qui n’a lieu que tous les 10 ans depuis 50 ans à Montréal.
Évidemment, de honte, j’ai été tenté de ne pas rédiger cet article. Et
puis je me suis ravisé, bien décidé à assumer cet élan aveugle qui trahit le
néophyte outrecuidant. Cela m’apprendra à vouloir faire le malin. ---> Interview des conservateurs Paulette Gagnon et Mark Lanctôt. ----------------
Emmanuel Germond est né au début de l’année 1974 : c’est la fin du baby boom insouciant du « demain j’achèterai plus qu’hier ». C’est également le début de la crise qui va faire de chacun un looser qui angoisse à mort pour l’avenir. Avant : ceux de la campagne qui sont montés pour s’acheter un pavillon et un canapé et « tu oses te plaindre, tu n’as jamais manqué de rien ? ». Après : ceux qui sont nés dans le virtuel, les émotions produits et la ps2/cocaïne. Représentant symbolique de cette génération X, Emmanuel Germond est passé, comme tous ses amis, d’alterno-gauche à branché chiant et enfin socialo-fasciste avec conscience mondiale pour le samedi soir. En termes artistiques, cela se traduit par une génération perdue entre le design d’un aspirateur et le Xanax. Comme tout le monde, il fut : punk textuel à 20 ans, expérimental bruitiste puis éléctro-minimal à 25 avec ses amis graphistes. Ensuite, il devient sensible aux doux rythmes de nos frères de couleurs. Aigris devant le retour du rock qui « n’est qu’une pâle copie de ce qui était mieux avant », il est, comme tous les jeunes vieux blancs, touché par l’image, le cinéma : autant de sensibilité qu’il a développé, scotché devant la télévision commerciale, pendant les 20 premières années de sa vie où il ne se passe rien. A défaut d’autres inspirations, il s’appuie sur Guy Debord pas lu pour faire de l’art en mélangeant des références médiatiques. Une idée = une œuvre. Un principe = un style.

