C’est la question que ma (future) belle-mère m’a
posée lors d’une conversation sur les expositions en cours à Milan. Passionnée
de vidéo, fraîchement sortie de l’exposition Videonale (un festival de vidéo
qui se tient chaque année depuis 1984 au Kunstmuseum de Bonn), j’ai réfléchi
alors à la médiation de ce médium.
Aline Bouvy & John Gillis, Venusia, 2007
D’abord, un repère historique: l’art vidéo
(c'est-à-dire l’usage d’appareils téléviseurs, projecteurs, moniteurs, en
général l’emploi d’images en mouvement) naît à la fin des années 1950,
parallèlement à la diffusion de la télévision dans les foyers américains et
européens.
Au début, il s’agissait de travailler sur le détournement
des images des médias et du cinéma (on pense d’abord aux artistes Nam June Paik
et Wolf Vostell). Plus tard, avec l’apparition de la première caméra et du
super 8, les artistes commencent à produire des images personnelles. Dans les
années 1960, les performeurs utilisent la vidéo pour documenter leurs actions.
Voilà un autre usage de ce médium, très diffusé aujourd’hui encore. Finalement,
avec l’ère du numérique, on commence à parler d’interactivité, d’animation
vidéo, d’effets spéciaux.
Deuxièmement, il faut savoir que l’art vidéo n’a jamais connu un grand
succès sur le marché de l’art. Peu nombreux sont les collectionneurs qui se
sont spécialisés dans cette forme d’art (pour en citer deux, Jean-Conrad
et Isabelle Lemaître, dont j’ai eu l’occasion de visiter la collection lors
d’une exposition à la Maison Rouge
à Paris) : il suffit de penser que le support vidéo (aujourd’hui le DVD)
est très fragile et labile et que les collectionneurs préfèrent miser sur des
valeurs sûres (les peintures par exemple). Il faut aussi préciser que lorsqu’il
naît, dans les années 1960, l’art vidéo est une critique à la commercialisation
excessive des objets d’art.
Quand on regarde une vidéo, il faut d’abord (mais c’est une règle valable
pour toute sorte de médium) prendre conscience du contexte: où
sommes-nous ? Les vidéos sont projetées en continu (loop) l'une après
l’autre ou chacune a sa place? Le son, est-il important pour la compréhension? Est-il
est superflu? La durée: la vidéo est longue? Trop? (Je vous comprends, moi
aussi parfois j’ai du mal à les voir jusqu’au bout).
Et puis, il faudrait s’attarder un instant sur les cartels: souvent on y
découvre – en plus du titre, de l’âge et du nom de l’artiste – la technique:
vidéo, DVD, animation vidéo, super 8… Comme en peinture, les techniques nous éclairent
sur les instruments utilisés par l’artiste: le film (pour le super 8, ce qui
explique l’emploi d’un projecteur spécial), le DVD est une caméra numérique,
une série de photos ou de dessins mis en séquence avec l’ordinateur
(l’animation vidéo). Chaque artiste privilégie une technique afin de
communiquer un message, d’évoquer une atmosphère ou pour obtenir des effets
différents.
Hilla Ben Hari, Horizontal Standing, 2008
C’est vrai, souvent une vidéo est difficile à décrypter : il n’y a
aucun dialogue, les images sont fixes, les références s’accumulent. A la Videonale, l’oeuvre de
Hilla Ben Ari, Horizontal Standing,
par exemple, m’a posé des difficultés. Seulement après avoir fait des
recherches sur internet, j’ai découvert que cette artiste, d’origine israélienne, s’interesse au rapport tordu que la culture entretient avec le
corps humain. Dans la vidéo, on voyait une gymnaste en équilibre sur une barre,
soumise à un effort surhumain à la limite de la douleur. Ce n’est pas toujours
facile, surtout dans un festival de vidéo, de s’arrêter face à chaque œuvre et de
s’y immerger.
Tom Dale, Shot through, 2007
Parfois c’est plus facile : regardez cette brève vidéo de Tom
Dale.
Une vraie découverte pour moi, la vidéo Under construction, de l’artiste Zhenchen Liu. Dans cette oeuvre, la caméra
survole des quartiers détruits de la ville de Shangai comme le ferait un oiseau,
combinant des images à trois et à deux dimensions. Le son, le ciel de plomb, les
images fausses et plates (presque hypnotisantes) ont su me faire glisser au cœur
de l’oeuvre. Un extrait est visible ici.

Zhenchen Liu, Under Construction, 2007
Souvent, c’est l’attention aux détails qui nous aide à apprécier une
vidéo, parfois le recours au communiqué de presse, parfois le souvenir d’une
citation ou une réflexion personnelle. Tout comme la peinture ou la sculpture,
ce médium nécessite patience, concentration et évidemment un esprit libre de tout
préjugé.
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L'association Videonale organise aussi des projections de vidéo, de conférences et des seminaires sur l'art vidéo. Le prochain événement, Elektronenstrome, une conférence de Deborah Burgel sur les hybrides (Typologie der Hybriden) et projection d'une partie du Cremaster Cycle de Matthew Barney aura lieu le 20 mai 2009 à 19h au Kunstmuseum Bonn.
Kunstmuseum Bonn
Friedrich-Ebert-Allee 2 - 53113 Bonn