Technique mixte sur bâche ferroviaire, 400 x 300 cm, copyright Luca Pignatelli
Dans le texte de
présentation on dit que l’œuvre de Luca Pignatelli est imprégnée de culture italienne: sur ses grands formats on peut
voir des bustes, des marbres, des sculptures, des éléments
qui évoquent l’antiquité. On pense tout de suite au
Colisée, à ces petites figurines vendues par des
ambulants dans les rues de Rome, trônant ensuite sur les commodes
des maisons les plus kitsch. Sur d’autres toiles, que l’artiste à
exposé à Naples, on voit des vases étrusques ou
grecs. Excusez-moi, mais la culture (ni italienne ni autre) n’est
pas que marbres et antiquités poussiéreuses, ni même
un amas de mémoires et des souvenirs déteints enfermés
dans des tiroirs, comme l’artiste veut nous faire croire à
travers ces grandes toiles de couleurs sombres et usées par le
temps. Cette évocation est frustantre et superficielle,
anecdotique, elle ne va pas au delà de la pure et simple
dimension du tableau. Elle ne me fait pas penser à
l’histoire, mais à un catalogue de voyages grand public.
La technique de Luca Pignatelli (reports photographiques sur des bâches de wagon de train ou sur papier kraft) n’a rien d’étonnant ni de fascinant. L’emploi de matériel de récupération est une pratique bien répandue parmi les artistes contemporains, à partir du début du siècle. Ils adoptent des supports (je pense aux travaux de Alberto Burri) qui ne sont pas neutres, pour enrichir leur message et pour se servir d’une surface qui n’est pas dépourvue d’histoire. Ils veulent ainsi souligner le temps qui passe, mais surtout le fait qu’une œuvre d’art ne naît pas dans un environnement neutre, sous vide, mais est en constante communication avec ce qui l’entoure. Les bâches ferroviaires de Luca Pignatelli nous montrent tous ces éléments qui relèvent du domaine du souvenir: en plus des antiquités de musée, des trains à vapeur, des avions de guerre.. toute une imagerie qui se veut « industrielle », mais qui une allure très vintage.
Permettez-moi de
vous poser cette question toute simple: Qu'y a-t-il de nouveau? Quelles réflexions artistiques suscite le
travail de cette artiste (si non une simple évocation toute
vide et bête
de ce qu’on appelle pompeusement « la culture
italienne »)? Pourquoi est-il devenu dans les vingt
derniers années un des artistes des plus cotés dans le
monde entier (en 2006, une de ses toiles a été vendue
aux enchères à 43.000 euros) ? Je n’ai pas de
réponse, je ne le sais pas. J’estime qu’un artiste
contemporain doit pouvoir nous étonner, nous faire réfléchir
et bien sûr savoir dialoguer avec l’histoire, avec sa propre
culture et avec un public.
Je regrette que l’équipe du MAMAC ait misé sur cet artiste qui est plus le chouchou du marché que un digne représentant de la scène italienne contemporaine. Bien d’autres artistes auraient pu bien montrer qu’au de là des Alpes l’art contemporain ne se languit pas dans des souvenirs jaunis.
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