Si dans le passé il a été à la fois divertissement, outil d’éducation (le théâtre grec et romain), manifestation de gêne d’une société en changement (les Avant-gardes historiques), instrument de soumission (dans toutes les dictatures du monde et de l’histoire), symbole d’une culture dominante (le cinéma hollywoodien), que peut représenter l'art aujourd’hui? La manifestation d’un système économique basé sur la force et la spéculation? Une alternative à cet ordre des choses? Et puis : les formes d’art «à contre courant » sont-elles effectivement contraires à sa tendance dominante?
Dans les années 1960, en parallèle avec le rebondissement de la contre-culture, l’art « participatif » a vu le jour. Les artistes ont brisé le diaphragme entre « plasticiens » et public, promouvant des actions en milieu social et politique qui allaient au delà du circuit fermé galerie – musée. Ils ont aussi relié les deux concepts d’art et vie, s’opposant à la production d’ "objets" d’art. Leurs œuvres étaient des actions, des procédés, non pas des toiles ou des sculptures. Les exemples sont multiples: Gordon Matta Clark, Joseph Beuys, John Cage et le mouvement Fluxus, Allan Kaprow. Dans les années 90, une génération d’artistes plus jeunes a reproposé des œuvres d’art qui ont été appelées « relationnelles »: l’artiste thailandais Rikrit Tiravanija transformait ses vernissages en dîners conviviaux, Fabrice Hyber a converti le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris en « Hybermarché » (1986), le couple d’artistes Clegg & Guttmann produisaient des « sculptures sociales », comme des bibliothèques à libre accès parsemées dans les villes, depuis lesquelles les passants pouvaient emprunter des livres*.
Michael Clegg & Martin Guttmann, The Open Library, 1991
Aujourd’hui encore ce type d’art est très vif, de jeunes artistes pratiquent des actions intervenant dans le milieu social ou tout simplement impliquant un public trop souvent éloigné et négligé. Souvent il s’agit de formes d’art grandioses, qui ont besoin d’aides financières, de sponsors, de soutien logistique et souvent ce sont les institutions qui les soutiennent (musées, fondations, les administrations) : il suffit de penser à Rachel Whiteread et à ses calques.
Rachel Whiteread, Water Tower, translucent resin and painted steel, 1998
Mais si ces artistes ont l’approbation des institutions, de la société, du public, est-ce que leur action est encore valide sur le plan de la contestation ? Si les actions contestataires finissent en forme de jolies photos dans des encadrements couteux accrochés aux murs des maisons des bourgeois ou dans le temple du système que sont les galeries, je me demande « Quel est le rôle des artistes dans la société aujourd'hui ? »
* Dans certaines villes allemandes (Bonn, par exemple) vous pouvez trouver des bibliothèques « ouvertes » comme celles des artistes Clegg and Guttman. Les passants peuvent prendre des livres, les lire sur place ou les emporter et en placer des nouveaux. Si vous voulez en savoir plus, visitez ce site
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