Série "Small World" Photographie couleur, 140 x 175 cm
© Martin Parr, Magnum Photos / Kamel Mennour
A en juger par la longue file d’attente qui brave la moiteur de cette
soirée d’été, l’exposition Martin Parr au Jeu de Paume est déjà un succès.
Rappelons que cette exposition s’intitule « Planète Parr ». Elle ne
rassemble donc pas que des œuvres de l’artiste, mais aussi toute une série de
photographies, d’objets, d’articles variés choisis par lui pour illustrer son
univers.
A l’entrée, une mosaïque de cartes postales attend le visiteur. La
thématique proposée au cartophile est la laideur, particulièrement la laideur
architecturale, une sorte de worst of du HLM.
Pour ma part, j’ai toujours été fasciné par les gigantesques immeubles
de banlieue (j’en viens). C’est l’un des rares domaines où la fameuse beauté
cachée du laid me touche, une nostalgie (mal ?) placée doit y être pour
quelque chose.
L’exposition se poursuit par une collection de photographies de divers artistes ayant influencé Martin Parr. On y retrouve les plus grands noms de la photographie, et s’il ne fait pas de doute que chacun a pu éclairer le parcours de Martin Parr, la grande diversité des œuvres présentées brouille un peu, au début, les pistes de la filiation. Puis, l’on voit bien que, sans surprise, l’accent a été mis sur les photographes documentalistes britanniques des années 60.
129,5 x 101,5 cm
© Chris Killip
Un peu plus loin, une collection d’albums, de catalogues et de livres
exclusivement consacrés à la photographie. Ces albums sont un sujet de
prédilection pour Martin Parr, collectionneur par nature, et donc aussi attaché
à la conservation du patrimoine photographique mondial.
Le Japon occupe logiquement une place de choix dans cette spécialité
éditoriale.
Nous poursuivons dans l’art de la collection, avec toute une série
d’objets rassemblés par Martin Parr, des assiettes commémoratives aux
réveille-matin.
Clairement, la volonté est de mettre l’accent sur le kitsch. On notera
le caractère redondant de ce choix esthétique. La pratique de toute collection,
à mon sens du moins, a en soi un coté kitsch. Toute accumulation tend
logiquement vers une exagération.
On s’amusera des plateaux de service, décorés de natures mortes
acidulées du plus mauvais goût.
On repensera aux combats syndicaux des mineurs anglais lors des années
Thatcher. De nombreuses assiettes ont été fabriquées à cette occasion. Je ne
vois pas très bien qui aurait envie de manger dans une assiette vous rappelant
que votre usine va fermer (La cuisine anglaise n’est déjà pas spécialement
réputée pour être appétissante). Sur un des murs, une collection de tapisseries
post 11 Septembre fait une haie d’honneur à la défense américaine.
Près de l’escalier, le « plus gros paquet de chips jamais vendu » est présenté. Un des gardiens s’enquiert du poids du sachet (Un peu plus de 900 g). J’ai bon espoir qu’en cherchant bien, certains formats familiaux américains peuvent allègrement dépasser cette limite. La recherche des records.
Le fonds de commerce du Guiness Book. Un autre domaine où le kitsch n’est jamais loin. J’attends, pour ma part, un livre dédié aux records absurdes. La première entrée serait: le plus grand nain du monde.
Nous abordons enfin les salles réservées à la collection
« luxury » des photographies de Martin Parr. Les classes aisées de
tous pays y sont représentées lors d’occasions sociales : galas de
charité, compétitions de polo, cocktails divers. Ce qui frappe principalement,
c’est l’impression d’ennui qui se dégage. Les regards sont aussi vides que les
estomacs sont pleins. Ils sont entre riches, donc rien ne les distingue entre
eux. Martin Parr ne se prive pas de nous faire comprendre, précisément, qu’ils
ne sont pas très distingués, tous ces riches. On ne se tache pas au gros rouge,
mais on se tache quand même. On voudrait avoir de l’élégance, mais on a juste
de l’argent. Appartenir à une classe sociale est une chose, semble nous dire
l’artiste, avoir de la classe en est une autre.
Série "Luxury" Impression numérique à jet d’encre pigmentaire
45 x 55 cm
© Martin Parr, Magnum Photos / Kamel Mennour
Nous ressortirons du Jeu de Paume vaguement indisposés par cette planète
Parr. Le talent de l’artiste n’est pas en cause, mais l’ambiance de l’exposition,
où le très amer le dispute au trop sucré, est aussi étouffante que l’air de
Paris ce soir-là.
Il est temps de rejoindre notre bar à vin. De délicieux verres de
Bordeaux nous attendent. Il ne sera plus question de kitsch. Et encore moins de
mauvais goût. //////////////////////////////
Planète Parr, La collection de Martin Parr
du 30 juin au 27 septembre 2009
Jeu de Paume
1 place de la Concorde, 75008 Paris
Mardi de 12h à 21h
Du mercredi au vendredi de 12h à19h
Samedi et Dimanche de 10h à 19h
Fermeture le lundi
Tél. 01 47 03 12 50
juste pour vous dire, le bordelais c'est notre fierté a nous tous, tous les français partout dans le monde y'a pas de vin de table qui peut rivaler avec le bordelais :)
Rédigé par : bordelais | 04 août 2009 à 21:02