Dimanche passé, lors d’un joli
weekend d’automne en compagnie de mes copains allemands, j’ai pu visiter
l’exposition “Ferne Nähe” au Kunstmuseum de Bonn. Sachant que le sous-titre est
« Natur in der Kunst der Gegenwart » (la nature dans l’art actuel),
vous pouvez bien imaginer pourquoi je voulais y aller depuis son ouverture.
L’exposition rassemble vingt
trois artistes contemporains qui travaillent avec, sur, autour de la nature. Quelques
uns ont retenu mon attention et je vous explique tout de suite pourquoi.
On commence par le meilleur: les sculptures légères et diaphanes de l’artiste allemande Christiane Löhr dont je vous ai déjà parlé ici. Cette artiste – que j’ai eu la chance de rencontrer et d’interviewer en juin passé – travaille avec des éléments naturels minimales, qu’elle trouve non pas au milieu des paysages vierges mais aux bords des routes urbaines ou dans des terrains vagues. Son intérêt est toutefois lié au rapport entre les sculptures qu’elle compose avec ces petits éléments et l’espace autour et notamment avec le vide. Le but de son travail n’est pas uniquement de travailler avec des matières naturelles, mais de réfléchir sur la sculpture et son rapport avec l’espace. Pour moi, son travail est la preuve qu’on peut faire de l’art avec un discours théorique fort, mais en produisant des pièces qui sont avant tout BELLES (et étonnantes).
Puis j’ai admiré le travail de Sven Johne: une série de photos à rayons infrarouge qui représentent les rues d’un village perdu au milieu de la campagne de l’ex Allemagne de l’Est (Wanderung durch die Lausitz, promenade à travers la Lusatie, une région qui se trouve entre la Pologne et l’Allemagne). En suivant les traces des loups, l’artiste parcourt les rues des villages abandonnés, engloutis par la nature qui reprend son pouvoir sur l’homme et ses constructions.
Ce travail est fort intéressant
parce qu’il mène une réflexion sur la dichotomie entre nature et culture sans
faire des discours philosophiques. De plus, les lieux où Johne nous amène ne
sont pas si éloignés de nous, si exotiques comme on a l’habitude de voir en art
contemporain. Mais ils dégagent quand-même un charme désuet et mystérieux, lié
au temps qui passe.
Et pour terminer, l’installation de Marc Dion qui était aussi très intéressante et site specific (c’est-à- dire conçue et réalisée exprès pour cette exposition) : il s’agit d’un ensemble d’objets issus du Musée zoologique Alexander König de Bonn (à quelques centaines de mètres du Kunstmuseum) et rassemblés comme dans une pièce muséale. Des animaux empaillés, des squelettes, boîtes et reproductions de fleur et plantes, poissons dans du formol… produisaient la même atmosphère poussiéreuse et enchantée qu'un cabinet de curiosités, où l'on fouille et l'on tombe toujours sur quelque chose de bizarre et d'étonnant. Malheureusement on ne pouvait pas ni fouiller, ni toucher. Mais le discours sur la nature devenue objet mort posé dans la vitirine d'un musée était puissant.
En tout cas, la multiplication
d’expositions et de pièces qui invitent à réfléchir sur ce thème me semble
répondre à un sentiment de culpabilité que l’homme ressent face aux grandes
questions écologiques de notre époque. Ou sinon, plus simplement, à ce qui est
un peu dans l’air du temps.
53113 Bonn, Germany
mercredi jusqu'à 21h
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