Géré par l’ancien galeriste et toujours collectionneur Antoine de Galbert, la Maison Rouge est une institution privée possédant de fait une certaine liberté de ton.
J'entends parler depuis des semaines de l'exposition Soulèvements qui s'y déroule. Il se trouve qu’elle s’achève le 17 janvier. Horreur nous sommes le 16 ! J’y fonce.
Il s'agit d'un spectacle tout à fait étonnant, un artiste, Jean-Jacques Lebel (l'un des inventeurs de la Performance) nous dévoile sa propre collection d'œuvres d'art. Hétéroclite s'il en est, me voilà plongée dans un univers où se côtoient un tableau d'Arcimboldo et des douilles d'obus sculptées pendant la guerre. Mais les vitrines où s'entassent des figurines de Mickey en caoutchouc et autres objets kitchs m'ennuient presque dû à une trop forte impression de déjà vu, notamment dans l'exposition de Martin Parr au jeu de Paume cet été. Je suis peut-être trop étrangère au désir de collectionner et de posséder des objets pour comprendre ce type de démarche.
Giuseppe
Arcimboldo, Flora, vers 1591,
huile sur bois
L’autre grande fascination de cet homme est bien plus visible encore : le sexe sous toutes ses formes.
En effet, une énorme fontaine sur laquelle est juchée la sculpture d’une femme accroupie trône au milieu de l'exposition. De l’eau s’écoule de son sexe et je me dis alors que jamais je n’avais vu plus littérale illustration du fameux phénomène de la femme fontaine.
Je tourne la tête et sur le mur juste en face moi, de nombreuses photographies de doubles pénétrations, venant à peine de déjeuner, mon estomac met quelques secondes à s'en remettre.
Pierre Molinier - photographie: self
portrait.
Salle suivant des images de Pierre Molinier, artiste sulfureux s'il en est, qu'il est de bon ton d'exposer depuis quelques années et que l'on retrouve immanquablement en travesti SM. S’en suit un peu d'amour, du moins de poésie, avec ces quelques vers de Breton :
Avait un talon de miroir
Petit à petit, je me laisse séduire, j'avoue avoir toujours eu beaucoup de mal à ne pas céder à la tentation de la fascination pour tout ce qui touche au sexe. De scènes de masturbation en dessins pornographiques, je prends un plaisir certain à regarder et à m'interroger. Pourquoi sommes-nous si fascinés par le sexe? Quoiqu'on en dise, la sexualité ne se réduit jamais à des actes, elle en dit toujours beaucoup sur qui nous sommes véritablement et sur notre façon de percevoir l'autre.
Dernière salle, dernière fascination, la folie. Celle, si célèbre et si atroce, d'Antonin Artaud. La reconstitution de la chambre de l'hôpital psychiatrique où il subit plus de 50 séances d'électrochocs. Effroi puis colère devant la série de photographies le montrant décharné, en faisant à jamais une icône sacrifiée sur l'autel du génie.
On entend sa voix, nasillarde, laissons lui la parole « mon être est beau parce qu'il est affreux ».
Le sexe, la folie, la laideur fascinent tour à tour car ils sont les révélateurs de notre complexité et par conséquent des contradictions que notre humanité implique.
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