Je ne vous raconte pas la tête des enfants quand nous leur avons annoncé hier matin que nous nous rendions à la balade urbaine organisée par Osservatorionomade à la découverte de la vallée de l'Huveaune: ils nous ont d'abord pris pour des fous, puis se sont résignés à l'évidence: avoir des parents curieux n'est pas de tout repos...
A Nice, nous avons le Paillon, à Marseille, c'est l'Huveaune.Il était une fois Marie-Madeleine (la fameuse) qui versa toutes les larmes de son corps pour alimenter la source de l'Huveaune dans la grotte de la Sainte Baume.
Rendez-vous à 10h00 dans les quartiers Est de Marseille, totalement inconnus pour ma part (pauvre niçoise que je suis) mais sans doute aussi du Marseillais de souche, s'il n'est pas né dans ces parages.
Au premier abord, difficile de trouver un quelconque charme à ces rues bruyantes et sales, certes on aperçoit quelques canards qui s'ébrouent dans l'Huveaune dont les berges sont jonchées de déchets, mais cela ne suffit pas à rendre la marche bucolique.
Cependant c'est la rencontre avec un habitant du quartier de 83 ans (dont j'ai oublié le nom), qui redonne les couleurs au passé et appelle une écoute attentive.
Un brouhaha incessant accompagne la marche le long de la vallée de l'Huveaune: l'autoroute n'est pas loin. Elle a radicalement changé le paysage (et dirais-je la qualité de vie) de ces quartiers jadis populaire et ouvriers. L'usine Rivoire & Carret, aujourd'hui propriété de la CUM (Communauté Urbaine de Marseille), a compté jusqu'à 680 salariés dans les années 70, ils n'étaient plus que 120 à sa fermeture en 2004. Ce monsieur nous raconte avec fierté la bonne ambiance qui régnait dans cette usine modèle d'où sortaient chaque jour 130 tonnes de pâtes, directement acheminées aux revendeurs grâce à la SNCF (dont on aperçoit encore aujourd'hui les vestiges des rails sur le site).
Le quotidien des habitants a été rythmé pendant plusieurs décennies par les sirènes des usines, grandes pourvoyeuses d’emploi, mais aussi de logements. Panzani, Danone, Rivoire et Carret, Prior, Provalis, Tuyaux BONA, Coder ont fermé leurs portes une à une.
Joseph CODER fabriquait des charrettes et des brouettes à Aubagne. En 1924 avec son frère Louis, il crée l’entreprise de construction et de réparation de tramways et de wagons. Durant la guerre, soucieux de ses ouvriers, Coder offre 1.5 hectares de terre, lesquelles divisés en 100 parcelles deviendront des jardins ouvriers qui perdurent aujourd'hui: chacun y fait son petit potager et le barbecue n'est pas loin. Mais depuis que la Veuve Coder a légué ces terrains à la ville, un loyer est demandé chaque année à l'association qui s'occupe de la gestion des parcelles...
Mais où est donc le chemin qui mène à l'art contemporain me direz-vous? Et bien le voici: ce territoire sinistré aspire à un futur plus convivial qui passe par l'accés à l'art et à la culture: Lucy et Jorge Orta travaillent actuellement sur un projet artistique d'aménagement du Lavoir au Parc du Vieux Moulins. Les habitants du quartier se battent pour ériger une médiathèque dans le site de Rivoire & Carret qui est actuellement inutilisé aux 2/3. (28 000 m²!!!). Des sculptures contemporaines inspirées des fées de l'huveaune devraient agrémenter des berges rénovées et propices aux balades du dimanche.
De quoi rêver en toute tranquillité, mais n'oubliez pas vos boules-quiès!
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