Suite à une annonce sur
l’incontournable craigslist.com, je suis devenu l’assistant de Theresa Byrnes, une peintre australienne de 40 ans qui inaugure
régulièrement ses nouvelles collections par des performances mettant son corps
en avant. Détail : elle est handicapée par une dégénérescence nerveuse qui lui grignote chaque année un
peu plus d’autonomie. Rencontre à son logement de l’Est Village, préparatifs à
son atelier de Chelsea au cœur des nouvelles galeries (pas celles-là, d’autres
encore plus nouvelles). Enfin, installation à Williamsburg, chez une de ses
amies, Heide Hatry, une artiste allemande spécialisée dans les corps d’animaux
morts et les sculptures de têtes bizarres. Le tout dans un loft avec vue sur
tout Manhattan… Bref : cette fois-ci, j’ai mis le paquet.
L’apparition de Theresa ne laisse personne indifférent. Une fois la stupeur du spectacle passée – Ne vient-on pas de poser au sol une femme qui n’arrive pas à tenir la tête (noire) droite et qui doit être sanglée pour rester assise ?- chacun cherche à poser sa flûte pour la remplacer par un appareil photo ou un caméscope. Elle se coupe les cheveux avec difficulté, propulse l’eau pour que les couleurs apparaissent des mèches. Difficile de comprendre où veut en venir l’artiste dans un premier temps. La performance pour la performance ? Serais-je à nouveau avec un de ces imposteurs de salon prenant la pose autour d’un concept ? Il n’y a pas un esprit qui n’est traversé par cette pensée : l’originalité de Theresa Byrnes ne tient-elle qu’à son handicap ? Prévue pour durer 10 minutes, la performance fait pourtant tourner la bande-son en boucle. Theresa essaye d’accélérer le processus, alors jamais proposé en live : elle s’asperge les cheveux, remue la tête… Alors que le temps s’allonge, apparaissent les premières arabesques des mèches. Chaque goutte se colore et, sur le demi-cercle de papier, apparaît un immense entrelacement qui ne cesse d’évoluer sous nos yeux. Après 30 minutes de combats, Theresa fait « le signe », on vient la soulever et l’enlever sous les applaudissements… « I was like : oh my god ! » et autres « gorgeous, terrific …» s’ensuivent. Pourtant, difficile d’imaginer à ce moment-là que le papier souillé d’eau, d’encre et de cheveux deviendra cette grande estampe japonaise traitée en négatif qui apparaît quelques heures plus tard.
J'ai
à peine le temps de récupérer ma caméra, dire au revoir à l’artiste et de
prendre une part de « camombairr » et je file : … deux mois plus
tôt, j'avais acheté un billet pour le « NO FUN FESTIVAL », l’un des
événements annuels du bruit new-yorkais.
Vous pouvez voir la performance de Theresa Byrnes filmée par Emmanuel Germond ci -dessous:
NEST: 2009 Theresa Byrnes performance from emmanuel germond on Vimeo.
Emmanuel Germond est un artiste et journaliste français de 36 ans résidant à New-York depuis 2008 après 6 années passées à Marseille. Manager artistique auprès de musiciens puis de compagnies de théâtre de rue, il se concentre depuis 2003 à sa propre activité créative. Alors qu'il collabore alors avec le journal hebdomadaire Ventilo, il réalise plusieurs montages vidéos et se spécialise dans le conseil pour l’écriture et le montage audiovisuel. A New-York, il travaille pour différentes sociétés audiovisuelles comme "assistant tout" (lumière, décor, son...). En dehors de la vidéo (il a filmé dernièrement pour le festival Performa de New-York ou a réalisé le film sur Theresa Byrnes), Emmanuel Germond développe, depuis quelques années, plusieurs projets qui ont en commun de sortir du cadre habituel de l'art pour toucher plus intimement le public. Il a ainsi développé pendant deux années une relation épistolaire fictive dans les colonnes "messages personnels" du journal Ventilo. Plus récemment, il développe l'EDP (Exposition aux dangers psychologiques), une science qui met en garde contre les dangers que sont le couple, les transports modernes et les moyens de communication actuels. Décalée, cette science préconise de nombreux gestes et traitements à travers des affiches, des conférences, et de nombreuses expériences scientifiques. Actuellement, il cherche des partenaires pour l'aider à répandre l'EDP et sauver le monde. Pour cela, il finit un site Internet et prépare un documentaire. Si jamais ça marche pas, il a plan B : le plus grand film de tous les temps, prévu pour 2010.
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