
Personnes, Installation, Boltanski au Grand Palais
Pour ceux qui suivent, je me faisais l'autre jour une réflexion sur l'anecdotique et l'universel en art contemporain. Je me cite moi-même: "Je me fais d'ailleurs une réflexion: en art contemporain, dire
d'une oeuvre qu'elle est "anecdotique" est une vacherie, cela
sous-entend que tout le monde se fout de ce qu'a voulu dire l'artiste,
son propos n'est pas "universel"."
Admettons. Sur le piédestal de l'art contemporain universel, que trouve-t-on? Vous avez deviné, un art qui a du sens, qui fait par exemple référence à la mémoire collective, à l'histoire des peuples, ce genre de trucs.
Donc, nous avons Boltanski au Grand Palais. Grande campagne de pub pour une trés grande escroquerie. (Si je dis des conneries vous avez le droit de m'arrêter tout de suite). Avant d'y aller, n'oubliez pas de faire un petit rot après avoir gobé ce que l'on vous aura prémaché: Le défi de l'artiste est d'utiliser les caractéristiques du lieu (pour ceux qui ne connaissent pas, c'est une immense verrière magnifique mais glaciale en hiver), pour jouer sur les émotions du spectateur et lui faire vivre une expérience "monumentale" face à une oeuvre.
Il y a la démarche artistique de Boltanski, qui depuis toujours traite de la mort, de la Shoa, des individus anonymes devenus icônes de ses installations. Il y a ce que dit Boltanski du grand Palais: à l'époque de ses souvenirs d'enfance parisienne, c'était un peu "le Disneyland du pauvre" (je vous renvoie à l'interview intégrale que vous pouvez écouter ici).
Et il y a le résultat. Une queue de plus de 2 heures (que nous avons resquillé dare-dare), des gens un peu abasourdis à l'intérieur, des nippes (alors ça, il y en a en veux-tu en-voilà), une montagne de nippes au dessus de laquelle se trouve une main mécanique (certains y verraient la "main de Dieu"), qui inlassablement soulève quelques vêtements, les monte au sommet de l'édifice puis les relâche cruellement. Gravité oblige, ils tombent. Cette partie là, (la chute) est assez belle à voir. Et dans l'œil du photographe, on pourrait croire que des spectres hantent le lieu.
Au sol, encore des fringues. On dirait des stands de puces, illuminés au néon. Je ferais bien mon marché. Ah oui, et il y a le son: des battements de cœur diffusés en stéréo. Le pouls de l'humanité, mes amis! (rien que ça, mais c'est une interprétation personnelle, je m'en excuse platement);)
Une médiatrice nous explique que l'artiste est un peu menteur, que les journalistes sont des cons, qu'il fallait leur donner une explication de texte de l'oeuvre sinon on courait à la catastrophe (l'artiste a peur à la fois d'être incompris, mais aussi des amalgames, c'est assez classique). Mais en réalité, Boltanski ne traite ni de Dieu, ni du Diable, il laisse au spectateur le soin de se faire son interprétation personnelle. Tiens, par exemple, l'œuvre intitulée "Personnes" pourrait bien être...une critique de la société de consommation!
Résumons donc: 26 articles de presse, 3 bandes-annonces au cinéma, 2 heures de queue, 4 Euros d'entrée, pour 1 critique de la société de consommation, qui a coûté au bas mot...combien déjà?? Ça me parait un peu ledge.
Bon point: tout cela est éphémère, tout cela sera recyclé. En 2010, si l'universel est synonyme de pognon, alors on est en plein dedans!
Trêve de plaisanterie, je me demande si nous ne pourrions pas changer de disque. Si finalement, Boltanski ne serait pas un peu has been. Maintenant il y a Haïti, les bidons villes du monde entier, et même Emmaeus. On pourrait dire que toutes ces images font partie de la mémoire collective, participent d'une même vision du monde, passé et présent. Ce n'est pas qu'il faille oublier, mais que fait-t-on du droit à l'espoir? Quel intérêt de rajouter un point de vue de plus (lamentablement noir) à celui que nous côtoyons passivement, tous les jours dans les médias? Boltanski, Qu'avez-vous à nous dire de si grand que cela ne puisse s'exprimer autrement qu'en redite infinie de la même histoire disséquée?
Pour le souvenir, nous avons les vrais camps de concentration, qui se visitent, nous avons internet et les livres d'histoire. Pour Disneyland nous avons le RER.
Boltanski, changez de disque, ou au lit!
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Un dvd est disponible! Courrez l'acheter! LA VIE POSSIBLE DE CHRISTIAN BOLTANSKI, Portrait fantôme de l'artiste,
écrit et réalisé par Heinz Peter Schwerfel, produit par Schuch Conseils
et Productions propose, avec la participation du Cnap, un bonus dédié
au montage de l’œuvre Personnes pour MONUMENTA 2010 dans la Nef du Grand Palais.
Informations pratiques:
MONUMENTA 2010 / Christian Boltanski« Personnes »
Manifestation ouverte au public du 13 janvier au 21 février 2010
Nef du Grand Palais - Porte principale
Avenue Winston Churchill 75008 PARIS
Horaires
Tous les jours sauf le mardi
De 10h à 19h le lundi et le mercredi
De 10h à 22h, du jeudi au dimanche
Accès
Métro : lignes 1, 9, 13 / stations : Franklin Roosevelt, Champs-Elysées-Clemenceau
Bus : lignes 28, 32, 42, 72, 73, 80, 83, 93